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Quelques secondes à peine de Northern Soul en ouverture lèvent les possibles doutes : guitares et clavecin, une mélodie sublime portée par ces deux voix singulières, la magie de Cardinal est intacte. Elle imprègne dix chansons qui redonnent son plein sens au mot classicisme sans jamais tomber dans le pastiche des Beatles ou de Love. Épouser des formes classiques donne au tandem une grande liberté de mouvement, incarnée dans une écriture qui atteint des sommets d’élégance et de sensibilité. Hymns résonne comme une conversation féconde avec l’histoire de la pop, reprise après une longue interruption avec le même enthousiasme, la même foi. Et des arguments renouvelés. Car au-delà du style très marqué de Cardinal, on est véritablement frappé par la palette ouverte des orchestrations et des chansons. D’apparence monochrome et clouée au sol par une rythmique et des guitares épaisses, Carbolic Smoke Ball se colore différemment sous l’influence d’harmonies vocales et d’une trompette. Her est un midtempo idéal qui enroule délicatement des arrangements de cordes et cuivres autour d’une mélodie amoureuse quand Love Like Rain fait pleuvoir les guitares comme à Liverpool. On peut danser sur I Am A Roman Gypsy (rythmique trampoline et arrangements dignes du meilleur XTC) mais pas du tout sur l’invraisemblable General Hospital, glaçante plage immobile. Sur quelques accords de piano, Richard Davies y décrit l’effrayante dérive d’un patient dans un hôpital. Ses “nurse” théâtralement prononcés, doublés par la voix plus aigue d’Eric Matthews, restent longtemps en tête après que la chanson a rendu son dernier souffle. L’un et l’autre se taisent sur la belle Surviving Paris, classieuse et baroque procession instrumentale qu’on imagine volontiers prendre place dans des jardins à la française. L’inespéré deuxième LP de Cardinal se termine sur un hymne entêtant, guitares claires et trompette sonnant le rappel. Et cette phrase, ad libitum : “Living in your headphones”. Pour toujours, oui.
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