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Black Chinese II de Câlin

chronique d'album
Passer de Rien à Câlin, c’est un pas franchi vers plus de tendresse et de légèreté. Pour ce duo grenoblois brouilleur de pistes, ce changement de patronyme est l’occasion d’enfiler de nouveaux costumes en assumant pleinement un regard nostalgique doublé d’un second degré affûté. À ce sujet, des titres comme Le Foot C’Est Le Pied, No Wave No Surf et Les Filles C’Est Du Chinois sont de réelles trouvailles textuelles. Les expérimentations sous forme d’instrumentaux tourmentés ont mué en trip rock et synthétique 80’s. Tout ce qu’a compté l’Europe de l’époque en vague minimale et en post-punk givré se retrouve ici dans son plus simple appareil, avec quelques perversions rock salaces qui vont au-delà de la révérence timide.



François Fruit et Yugo Solo sont les frères d’armes des Américains de Mahjongg et plus particulièrement Lazer Crystal, et c’est dans cette logique rétrofuturiste que se retrouve la reprise envoûtante de Love Rainbow, titre qui était déjà un pastiche de pop robotique. Mais comment ne pas se perdre au jeu de la citation et de la copie conforme. Heureusement, Black Chinese II regorge de suffisamment d’idées pour créer d’attachantes relectures hybrides, surtout quand il s’aventure sur les terres de Kraftwerk et du cinéaste John Carpenter, ce dernier semblant décidément être une source d’inspiration en matière d’electro narrative et vintage. Là où les œillades du duo nous atteignent moins, c’est par cette utilisation intempestive de voix passées au vocoder, sabotage formel qui dessert le propos. Dans cette perspective de recyclage infini, la postmodernité de Câlin apparaît à la fois comme un horizon radieux et une prison douillette.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #158

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