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L’identité, l’aliénation, la guerre, la corruption, et le regard désolé d’un créateur qui voit ses créatures saccager leur environnement. La voix profonde, résonnante, réverbérée, à la fois empathique et froide, de Brendan Perry est carénée pour d’aussi “lourds” sujets. Heureusement, on n’est pas forcé de trop s’attacher aux textes. Pour son deuxième album solo, la moitié masculine de Dead Can Dance s’est essentiellement appuyée sur les samplers et autres synthétiseurs – c’est d’ailleurs ce qui rend l’affaire intéressante. Pour Babylon, en ouverture, le solennel orchestre synthétique, la lente batterie martiale, les lointaines harmonies orientales, se rapprochent beaucoup (trop ?) de Dead Can Dance. Heureusement, la plupart des autres titres prennent une option électronique franche, qui expose cette voix sur un substrat renouvelé. The Bogus Man tourne autour d’une basse dub et d’un son globuleux qui rebondit d’un mur à l’autre, tandis que Wintersun mixe orchestre et son franchement digital dans une ballade éplorée, avec un chant qui, pour une fois, semble réduire la distance émotionnelle entre l’auditeur et le chanteur. Bien entendu, la qualité première de la voix de Brendan Perry est cette distance esthétique. Son chant est comme un objet funéraire aux origines mystérieuses, mais certainement aristocratiques, qui peut emporter l’imagination, mais reste fondamentalement étranger à l’expérience personnelle. Son nouvel écrin le met idéalement en valeur.