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En
marge de sa foisonnante production musicale, Will Oldham a toujours multiplié
les rencontres fortes (Tortoise, Current 93, Red, Sage Francis…). Or, dans
cette florissante discographie parallèle, ses albums à quatre mains se sont
presque toujours révélés comme les plus passionnants de tous (Alasdair Roberts,
Dawn McCarthy, David Pajo, Matt Sweeney, Mick Turner…). C’est donc avec une
pointe de fébrilité que l’on découvre aujourd’hui Silent City, fruit de sa rencontre surprise avec le multi-instrumentiste
américain Brian Harnetty. Spécialiste des claviers en tous genres, ce discret résident
de Columbus, Ohio, est également féru de Steve Reich et d’histoire musicale
locale.
Et s’il fallait pour le situer lui trouver quelques correspondants
hexagonaux, Yann Tiersen (pour la musique) et Dominique Petitgand (pour la
démarche expérimentale) s’imposeraient d’emblée. Mais pour l’heure, c’est du
côté de Louisville que cet artiste conceptuel a trouvé dans la voix de Bonnie “Prince”
Billy le vecteur idéal à sa nouvelle œuvre appalachienne. Essentiellement
atmosphérique – on songe aux récentes aventures de Nick Cave et Warren Ellis
pour le cinéma –, Silent City puise
dans un viviers de sons ordinaires – le plus souvent chapardés dans les
archives sonores du College Berea, Kentucky –, inventant au passage le drone
rural. Et si les structures classiques de la chanson (couplets, refrains, etc.)
volent ici en éclats, il en va de même de la narration : plus proches des
collages de William Burroughs que de Bob Dylan, les textes s’apparentent à des
puzzles abstraits où chacun trouvera sa propre logique.
Et si l’on a souvent –
et, admettons-le, parfois à tort – déplié un long chapelet de louanges au sujet
de Bonnie “Prince” Billy, il convient de souligner la force de son intervention
(Sleeping In The Driveway, And Under The
Winesap Tree, Some Glad Day).
Très proche de Get On Jolly (2000) enregistré
avec The Marquis De Tren – les amateurs apprécieront –, ce disque de folk
atypique voit les cloches prendre le pas sur la guitare et le temps s’étirer
sous ses yeux, pour notre plus grande joie !