On avait quitté l'ancien leader de Hüsker Dü il y a trois ans, avec un album de transition, Modulate, sur lequel Bob Mould tentait courageusement d'échapper à la routine et à l'épuisement de son inspiration en délaissant ses vieilles guitares pour plonger, la tête la première et sans bouée, dans un grand bain d'électronique, sans pour autant maîtriser toutes les potentialités de ses nouveaux outils. Comme on pouvait s'y attendre, Body Of Song apparaît comme une tentative pour intégrer de manière plus harmonieuse ces nouvelles pistes de recherche sonore à des compositions solidement charpentées. Et malgré quelques plantades dues à l'usage inconsidéré d'un vocoder pénible ou de rythmiques baléariques hors sujet (l'abominable Light Love Hope, fusion ratée entre Sugar et David Guetta), ce nouvel Lp constitue l'oeuvre la plus écoutable et la plus captivante réalisée par Mould depuis au moins dix ans. D'abord parce qu'il y renoue avec cet art incontestable de la saturation mélodique qui fit tant, autrefois, pour asseoir sa réputation de parrain méconnu du grunge. Surtout, parce que cet orage de décibels laisse, de temps à autre, la place à quelques splendides accalmies (Days Of Rain, High Fidelity) qui n'ont rien à envier aux splendeurs oubliées dissimulées sur les deux disques solos enregistrés par Mould à la fin des années 80. En contemplant ces quelques diamants bruts, on finit, une fois de plus, par se dire que, quelle que soit l'épaisseur de la gangue de boue qui les enrobe, on préfèrera toujours suivre le parcours artistique passionnant, tortueux, et parfois plein d'impasses, que Mould s'efforce encore de prolonger plutôt que d'écouter ronronner ses héritiers plus ou moins dignes, Franck Black en tête.