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Destroyer Of The Void de Blitzen Trapper

chronique d'album

Ils sont là, ils sont chaud, les six gaillards (plus ou moins barbus) de Blitzen Trapper. Ils sont à bloc et on peut le dire, ils ont parfaitement négocié le tournant de la décennie. Ouais, malgré Nixon et cette putain de guerre du Vietnam qui n’en finit pas de s’enliser, 1972 a déjà de la gueule. Rien de ce qui est neuf et excitant n’a échappé au groupe de Portland (Oregon) : Neil Young, David Bowie, Marc Bolan, Steve Miller Band et les Wings peuvent se faire du souci. Destroyer Of The Void vient leur chercher des noises à domicile, aussi à l’aise dans la pop glam tartinée de chœurs psychédéliques, claviers débordants et guitare héroïque (le long morceau éponyme ou Love And Hate), les ballades somptueuses avec arrangements pour piano et cordes à faire chialer Paul et Linda McCartney (Heaven And Earth), les sucreries pop à donner des carries à John Lennon (Lover Leave Me Drowning) ou les complaintes folk canadiennes dans l’âme, comme l’excellente The Man Who Would Speak True, haut la main meilleur titre du 33 tours, avec sa guitare sèche, son harmonium et son harmonica. On se moque gentiment de ce retour vers le futur vaguement consternant, mais on l’aurait vraiment mauvaise si le niveau des compositions n’était pas aussi bon, même entaché d’affreux tics seventies. En l’espèce, impossible de résister à l’allant de Dragon’s Song ou à la simplicité lumineuse du beau duo avec Alela Diane, The Tree, petites bulles américaines parfaites pour oublier la France pompidolienne de Revolver.

Vincent Théval
MAGIC RPM  #144

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