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Naviguant depuis une vingtaine d'années dans le domaine des musiques tempérées – du folk au jazz très moderne, en passant par l'electronica et la pop – le compositeur et poly-instrumentiste Bill Wells n'a cessé de multiplier les expériences et les rencontres. L'imposante discographie de l'Écossais est à la fois exemplaire par son œcuménisme et sa science du dosage. En effet, les œuvres de ce franc-tireur ont toujours su éviter le grand défaut des improvisateurs : les encombrantes et assommantes longueurs. Jouissant, comme la plupart des expérimentateurs de la planète, d'une belle réputation au Japon, Wells s'est envolé pour Tokyo afin de retrouver un autre spécialiste des parcours sinueux et de l’improvisation, l'Américain expatrié Jim O'Rourke.

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Et le tandem de s'enfermer vingt-quatre heures dans un studio en compagnie d'une douzaine de confrères nippons, dont les plus expérimentés – Saya Ueno (Tenniscoats, Oneone), Tori Kudo (Maher Shalal Hash Baz) et Takuji Aoyagi (Kama Aina) – font là-bas et depuis belle lurette les beaux jours de l'avant-garde. Selon les dires des parties concernées, Lemondale prit forme quasi miraculeusement. Et c'est ce que ressent l'auditeur au contact de ces chansons fragiles et touchantes (entrecoupées d'instrumentaux évocateurs), dont la délicatesse, la sincérité et le côté DIY des arrangements ne déplairaient pas à Pascal Comelade (Harvest Bag, Effective Demand) ni à Robert Wyatt (Invade The Pitch, Piano Rolls). Agencées comme la bande-son d'un road-movie imaginaire, elles mènent du pays du soleil levant au Rio de Janeiro d'Astrud Gilberto (Courtin' Love) en passant par Bruxelles  Toon City et Mizu Tori renvoient immédiatement à l'harmoniciste trop méconnu, Toots Thielemans. Gageons que durant cette belle demi-heure, les plus imaginatifs n'auront aucun mal à projeter leurs propres images sur l'écran noir de leurs nuits blanches.
Marc Gourdon
MAGIC RPM  #158

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