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La Chaleur Humaine de Bertrand Betsch

chronique d'album
Rescapé du naufrage de Lithium, ce label indépendant qui fut associé à une nouvelle vague intimiste de la chanson française dans les années 90, Bertrand Betsch s'inscrit dans cette lignée d'artistes au coeur fragile, à la complainte sourde mais tenace. L'implosion sentimentale provoquée par La Fossette (1992) de Dominique A continue quinze ans plus tard de faire de remous et de créer des vocations au risque de faire passer ces nouveaux venus pour une pâle copie de l'original. Au jeu de la contrition mimétique, Armand Méliès tient assurément la palme, lui qui n'hésite pas à en rajouter dans le pathos, d'ailleurs pour le plus grand plaisir de son mentor. Betsch apparaît sur la pochette de ce quatrième album les yeux bandés : le regard tourné vers soi, on en oublie que le temps est passé et qu'autour de nous certains se sont figés, d'autres ont évolué. Il n'y a guère que Katerine pour se transformer en extraterrestre de la chanson française et pour veiller sur notre patrimoine culturel actuel, clown post-moderne d'une intelligence et d'une vivacité inégalées. Heureusement, La Chaleur Humaine n'en manque pas, et lorsqu'on est prêt de jeter l'éponge parce que la voix chevrote un peu trop, on pourra toujours se raccrocher à une reprise touchante du Bang Bang de Sheila, et aux quelques beaux titres en duo avec Nathalie Guilmot (Ô Les Beaux Jours, Les Vents Contraires) qui nous rappellent au bon souvenir du couple Dominique Ané/Françoiz Breut. Puisque d'aucuns plébiscitent aujourd'hui les oeillades complaisantes de Vincent Delerm, il sera peut-être difficile pour Bertrand Betsch de trouver sa place à l'abri du cynisme et de la fausse modestie. "Nous sommes encore debout, et nous tenons le coup", entend-on en fin de parcours. Mais pour combien de temps encore ?
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #107

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