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Au fur et à mesure que Folds chemine vers l’âge adulte et vers le succès, ce ressentiment farouche s’estompe inévitablement au profit d’une écriture sans doute plus subtile, mais qui, après la séparation du trio, perd parfois de son intérêt, notamment lorsqu’il se contente de célébrer le bonheur conjugal ou les plaisirs, certes légitimes de la paternité (Still Fighting It, Gracie). Les collaborations plus récentes avec Ben Kweller et Ben Lee (The Bens) ou Nick Hornby (Lonely Avenue, 2010) ne parviendront d’ailleurs pas totalement à enrayer ce léger déclin. Parfois ennuyeux sur disque, Folds s’est en revanche toujours distingué par la qualité de ses prestations scéniques. Plus encore que les espoirs suscités par les trois nouveaux titres enregistrés en 2011 en compagnie de Darren Jesse et Robert Sledge, l’intérêt principal de cette compilation réside donc, une fois n’est pas coutume, dans les deux autres volets de ce triptyque compilatoire. Le deuxième, entièrement composé d’enregistrements live inédits, permet notamment de restituer l’extraordinaire puissance de feu du trio au sommet de son art et de sa gloire : sur des versions ébouriffantes de Julianne ou Video, on entend ainsi Folds maltraiter les cordes et les touches de son piano tel un Jerry Lee Lewis en pleine crise de delirium, accompagné par une section rythmique toujours irréprochable. Outre les extraits du quatrième album avorté de BFF, le troisième et dernier CD permet également d’apprécier l’inimitable talent dont fait preuve le pianiste dans l’exercice toujours délicat de la reprise : qu’il s’agisse de sublimer Careless Whisper en duo avec Rufus Wainwright, de rendre hommage au chef-d’œuvre de Steely Dan (Barrytown) ou d’adresser un clin d’œil inattendu à Dr. Dre (Bitches Ain’t Shit), il fait preuve de la même aisance et d’un sens jamais pris en défaut du détournement pertinent. Il ne reste plus donc qu’à espérer que Folds n’a pas épuisé ses dernières forces dans la construction de ce premier mausolée à la démesure de son talent.
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