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Mis à part le digital
Live At The Barbican (2005), exercice
de relecture du classique If You’re
Feeling Sinister (1996) dans la prestigieuse salle londonienne, Belle And
Sebastian ne s’était jamais plié à la publication de concerts. D’autant que le
collectif fut longtemps réputé pour son rapport difficile à la scène. “Certains ont vu leur barbe pousser entre
deux morceaux”, plaisante aujourd’hui Stuart Murdoch. Dès lors, la parution
de ces BBC Sessions 1996-2001 (trois
concerts enregistrés sur cinq ans) aurait pu rester anecdotique, pour les Fans Only, comme le titrait
malicieusement son Dvd paru en 2003.
Et s’il est vrai que les captations ici
présentes ne diffèrent qu’infiniment peu de leurs versions studio, l’intérêt se
situe ailleurs. Dans le refus de la promotion. Dans cette audace des débutants.
Ainsi, en juillet 96, inconnus de tous sauf des rares acquéreurs de Tigermilk sorti un mois plus tôt, les
Écossais exécutent à la perfection quatre chansons inédites, à paraître en
novembre de la même année sur le fameux album rouge précité. Juillet 97, les
musiciens débarquent chez Steve Lamacq et en profitent pour présenter Slow Graffiti, que le public ne pourra
redécouvrir qu’en 1998, sur This Is Just
A Modern Rock Song Ep.
Preuve que Stuart a toujours quelques chansons sous
le pied. La pression du public dissipée, le groupe trouve dans les locaux de la
radio britannique une extension du studio d’enregistrement. La dernière session
est historique à plus d’un titre. Si, depuis cinq ans, le vénérable Dj les
défend corps et âme, c’est la première Peel Session de la carrière de Belle And
Sebastian. Un nouveau maxi, I’m Waking Up
To Us, vient de paraître. Les amateurs l’ignorent encore, mais il sera le
dernier à ne contenir que des inédits, indépendants de toute sortie d’album. La
bande à Murdoch le sait-elle elle-même ? Qu’importe : elle offre quatre
nouvelles chansons jamais réenregistrées à ce jour.
Un talk over tenu par un rythme aussi
pataud qu’étonnant (Shoot The Sexual
Athlete, parsemé d’hommages à The Go-Betweens), une imaginaire face B des
Byrds (The Magic Of A Kind Word) et
(My Girl’s Got) Miraculous Technique,
soit du Belle And Sebastian pur sucre : mélodie angélique, cordes enjôleuses,
duo mixte Murdoch-Campbell. Une Isobel Campbell dont c’est ici le dernier
témoignage studio et qui s’autorise, avec Nothing In The Silence, une magnifique
sortie en trompe-l’œil : sans ce fluet filet en lieu et place du baryton de
Staples, on jurerait écouter les Tindersticks.
S’ajoute à ces (incomplètes) BBC Sessions un fameux enregistrement
que les fans flibustiers s’échangent depuis longtemps. Ce concert donné à
Belfast le soir du solstice d’hiver 2001, ironiquement ouvert par Here Comes The Sun, présente la
formation à la fin d’un cycle. Elle n’a dans les poches que le (décevant) Fold Your Hands Child, You Walk Like A
Peasant (2000) et s’apprête à livrer une étrange bande originale. Mais le
groupe n’en a cure : débarrassé de sa timidité, il clôt six mois de tournée
mondiale en beauté. En redonnant leur chance à des titres (The Wrong Girl, The Model) du mal-aimé Fold Your Hands Child, You Walk Like A
Peasant (2000) et en jouant avec une ferveur nouvelle ses classiques (Me And The Major, The Boy With The Arab
Strap).
Devant un public conquis, Belle And Sebastian s’octroie quelques
reprises inattendues : en sus du titre des Beatles, les Ecossais paient un
tribut fidèle aux hardrockers dublinois Thin Lizzy (The Boys Are Back In Town), et
s’attaquent avec brio au classique toxicomane du Velvet, I’m Waiting For The Man. Preuve que les
bonnes chansons dépassent leurs auteurs. Et se fichent parfois de leurs
interprètes. Et pour Belle And Sebastian, en dépit des changements de personnel,
de directions et de stratégies, il n’a jamais été question d’autre chose que de
bonnes chansons. D’ailleurs, il a enregistré tellement de sessions
radiophoniques et de concerts que cette indispensable compilation n’est, on
l’espère, que le premier volet d’autres à venir.
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