Il devient bien difficile de répertorier la liste, pléthorique et très inégale, des publications de Dernière Bande, le label qui abrite les projets parallèles de la nébuleuse Kat Onoma. Automne Six, collectif centré autour de la voix de Philippe Poirier et des claviers et programmations de Stefan Schneider, en vacances de To Rococo Rot, se démarque néanmoins de la politique délibérément adulte et très (trop ?) pensée du label en revendiquant une certaine naïveté qui, en comparaison des dernières sorties de Dernière Bande, s'avère aussi atypique que bienvenue. Mieux qu'un énième projet de premiers de la classe, Automne Six est un disque qui se déploie en une salutaire aire de jeu, tapissée des nappes instrumentales, moelleuses et enfantines, de Stefan Schneider, sur lesquelles se pose la voix blanche de Philippe Poirier. Son timbre monocorde, écrin neutre pour des textes prononcés dans un français châtié, peut constituer un frein. Celui qui veut bien passer outre découvre un disque humble et ludique dans sa gaucherie et son côté propre sur lui. Les facéties robotiques de Stefan Schneider, plutôt qu'un contrepoint à des textes verbeux, apparaissent alors comme un compagnon idéal à une récitation tout aussi malicieuse. Évidemment, ce tandem n'est pas rock'n'roll pour un sou, mais, au pays des garçons sages, si leur disque venait à remplacer la coulée infâme de Vincent Delerm sur les ondes françaises, on ne s'en plaindrait pas, loin s'en faut.