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La Reproduction de Arnaud Fleurent-Didier
chronique d'album
“Où pourrions-nous aller, pour être un
peu moins tristes, un peu moins fatigués par ce qui nous résiste ? Où
pourrions-nous nous rendre, pour goûter à la vie ?”, se demandait Arnaud Fleurent-Didier
sur la magnifique dernière touche apportée à son Portrait Du Jeune Homme En Artiste (2003). Sept années ont passé et
des chemins qu’on imagine sinueux l’ont mené à ce disque majeur qui devrait, à
tout le moins, avoir un certain impact générationnel, en vertu d’une équation magique :
textes d’époque, mélodies et mise en son à la fois surannées et modernes. Le
tout survolé par une voix perpétuellement tiraillée entre ses inflexions
ironiques et les larmes longtemps ravalées. Lucidité, cruauté, tendresse,
empathie, le spectre est large où se déploient ces chansons.
Leur regard se pose tout près, tout autour : sur soi, la vie quotidienne, sur le bagage culturel familial lourd comme un fardeau (la déjà classique France Culture), sur le passé des gens qu’on aime (extraordinaire diptyque Mémé 68/Pépé 44, avec ces mots d’anthologie : “Dis pépé, l’Occupation, c’était quoi ? T’y étais pas mais moi non plus. Tu t’occupais comment ?) sur la mondialisation de l’amitié (My Space Oddity, mi-amusée, mi-désenchantée). Avec son obsession pour la transmission et la… reproduction (au sens bourdieusien), Arnaud Fleurent-Didier est en passe d’être à la chanson française ce qu’Arnaud Desplechin fut au cinéma dans les années 90 : une Nouvelle Vague à lui seul. Le cinéaste embrassait les clichés du cinéma d’auteur le plus classique (chambres de bonnes, thésards en surplace, amours à peine adultes, histoires de famille, dépression et doutes existentiels) pour mieux les transcender, les dépasser par la force de la mise en scène et la puissance du propos. La Reproduction ne procède pas autrement : insuffler du romanesque en renouvelant la forme. Mais pas par une pyrotechnie ou des pirouettes stylistiques, plutôt par un travail en profondeur de l’écriture et de la réalisation.
Derrière une apparente banalité narrative, les phrases sont précisément ciselées, les mots visent juste et profondément, tombant parfaitement sur une orchestration époustouflante, qui évoque l’opulence légère et magique des musiques de Michel Legrand (piano, cordes romantiques, chœurs désuets) rejouées par un contemporain de Phoenix (batterie, basse et guitare font de concert un travail rythmique imparable, notamment sur le morceau Reproductions). Ample, ambitieuse et élégante, la production dessine l’écrin parfait pour des textes qu’on se retient à grand peine de tous citer, qu’ils jouent sur une drôlerie jubilatoire (“L’autre soir sur les Champs-Élysées/La France encore allait gagner/Moi, mon klaxon marchait pas bien/On m’a pris pour un italien) ou sur la force de fulgurances bouleversantes (“Je ne m’habitue pas aux choses qui finissent/Depuis tout petit, c’est un peu mon vice”). Ce goût de la rime ! Enfin, parce qu’il sait soigner ses entrées et ses sorties, le garçon nous laisse sur une chanson sublime qui fait vibrer la corde très sensible des relations père/fils, avec une délicatesse infinie : “Mais si on se dit pas tout, c’est pas grave, papa/Si on se dit pas tout, comme au cinéma/Si on se dit pas tout, un jour ça viendra”. Arnaud Fleurent-Didier nous laisse au bord des larmes, comme il se doit.
Leur regard se pose tout près, tout autour : sur soi, la vie quotidienne, sur le bagage culturel familial lourd comme un fardeau (la déjà classique France Culture), sur le passé des gens qu’on aime (extraordinaire diptyque Mémé 68/Pépé 44, avec ces mots d’anthologie : “Dis pépé, l’Occupation, c’était quoi ? T’y étais pas mais moi non plus. Tu t’occupais comment ?) sur la mondialisation de l’amitié (My Space Oddity, mi-amusée, mi-désenchantée). Avec son obsession pour la transmission et la… reproduction (au sens bourdieusien), Arnaud Fleurent-Didier est en passe d’être à la chanson française ce qu’Arnaud Desplechin fut au cinéma dans les années 90 : une Nouvelle Vague à lui seul. Le cinéaste embrassait les clichés du cinéma d’auteur le plus classique (chambres de bonnes, thésards en surplace, amours à peine adultes, histoires de famille, dépression et doutes existentiels) pour mieux les transcender, les dépasser par la force de la mise en scène et la puissance du propos. La Reproduction ne procède pas autrement : insuffler du romanesque en renouvelant la forme. Mais pas par une pyrotechnie ou des pirouettes stylistiques, plutôt par un travail en profondeur de l’écriture et de la réalisation.
Derrière une apparente banalité narrative, les phrases sont précisément ciselées, les mots visent juste et profondément, tombant parfaitement sur une orchestration époustouflante, qui évoque l’opulence légère et magique des musiques de Michel Legrand (piano, cordes romantiques, chœurs désuets) rejouées par un contemporain de Phoenix (batterie, basse et guitare font de concert un travail rythmique imparable, notamment sur le morceau Reproductions). Ample, ambitieuse et élégante, la production dessine l’écrin parfait pour des textes qu’on se retient à grand peine de tous citer, qu’ils jouent sur une drôlerie jubilatoire (“L’autre soir sur les Champs-Élysées/La France encore allait gagner/Moi, mon klaxon marchait pas bien/On m’a pris pour un italien) ou sur la force de fulgurances bouleversantes (“Je ne m’habitue pas aux choses qui finissent/Depuis tout petit, c’est un peu mon vice”). Ce goût de la rime ! Enfin, parce qu’il sait soigner ses entrées et ses sorties, le garçon nous laisse sur une chanson sublime qui fait vibrer la corde très sensible des relations père/fils, avec une délicatesse infinie : “Mais si on se dit pas tout, c’est pas grave, papa/Si on se dit pas tout, comme au cinéma/Si on se dit pas tout, un jour ça viendra”. Arnaud Fleurent-Didier nous laisse au bord des larmes, comme il se doit.