En kiosque actuellement Commander

A lire

Quelques mois après sa sortie américaine chez Merge Records, le premier album de The Arcade Fire arrive par chez nous auréolé d’une cohorte d’éloges, entouré du halo mystérieux de l’objet culte en puissanceFuneral est beaucoup plus que cela, œuvre personnelle aux échos infinis. À vrai dire, la rumeur ne nous avait pas préparé à un tel ravissement. The Arcade Fire est une sorte de famille recomposée autour de Win Butler et Régine Chassagne, mari et femme, un curieux groupe basé à Montréal, mais dont aucun des membres n’est canadien. Win et son frère Will ont en effet grandi au Texas, avec la musique de leur mère, harpiste de jazz. La famille de Régine a fui Haïti dans les années 60 pour échapper aux Tonton Macoutes, groupe armé à la solde du dictateur François Duvalier. Ces parcours personnels imprègnent Funeral, disque entièrement tourné vers l’enfance, manifeste de pop psychédélique luxuriante traversé de fulgurances mélodiques et de mots à la puissance d’évocation hors du commun. Ainsi, la sublime Haïti chantée par Régine, dans un bouleversant mélange de français et d’anglais : “Haïti, mon pays, wounded mother I’ll never see/Mes cousins jamais nés hantent les nuits de Duvalier/Rien n’arrête nos esprits/Guns can’t kill what soldiers can’t see”.

Les chansons de Funeralsont construites comme des petites histoires qui mettent en scène parents, voisins et enfants, à mi-chemin entre rêveries et cauchemars (“And if the snow burries my neighborhood/And if my parents are crying then I’ll dig a tunnel from my window to yours”). De l’enfance, The Arcade Fire a gardé ces impressions cotonneuses mais aussi un goût pour la folie et l’imprévisible. Vous ne savez pas dans quoi vous vous embarquez en posant Funeralsur votre platine. Crown Of Love commence comme une valse somptueuse, sur un lit de violons, et finit en folie discoïde portée par la cavalcade effrénée de la basse. Impossible de dire ce qui a bien pu se passer entre les deux. Avec tout le respect que l’on doit aux tenants du psychédélisme américain, Mercury Rev en tête, The Arcade Fire enfonce à jamais toutes leurs prétentions : songwriters de premier plan, musiciens à l’imagination débordante, ils savent marier une instrumentation très riche (violons, accordéon, xylophone, piano, cuivres) avec un son qui échappe constamment à toute surcharge. Avec ses tubes à la pelle et ses petits deuils intimes, on n’est pas près d’enterrer Funeral.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #88
article extrait de :
MAGIC RPM #88 Commander ce numéro

Les 20 derniers articles ( Chronique d'album )