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Feels s'ouvre sur des cris d'enfants, que l'on imagine être ceux qui illustrent la superbe pochette de l'album. Les auteurs des neuf chansons qu'il contient aimeraient sûrement être encore des leurs. Mais comme il est plutôt difficile de faire autrement, Avey Tare et Panda Bear, les deux membres essentiels d'Animal Collective, ont dû se résoudre à grandir. Pendant cette croissance non désirée et les nuits d'insomnie qui l'accompagnaient, le duo américain a trouvé un moyen pour ne pas se perdre : faire de la musique. Un folk mutant et chaotique, complètement déglingué. Tour à tour exalté (The Purple Bottle ou le meilleur single d'Arcade Fire chanté par Jonathan Donahue sous amphétamines) et euphorique (Grass, pop song baroque incendiée), apaisé (le mantra Bees) et émouvant (Loch Raven et sa boucle de carillon vrillé). Les harmonies vocales envoûtantes et surtout la voix lumineuse d'Avey Tare, capable à la fois de toucher en plein coeur par ses chuchotements et de nous entraîner par son sens mélodique, insufflent à l'ensemble une fraîcheur nouvelle et un enthousiasme contagieux.

Après l'éprouvant Here Comes The Indian (2003) et l'acclamé Sung Tongs (2004), le groupe poursuit dans une veine toujours plus pop (Did You See The Words en ouverture imparable) et sort son album le plus accessible à ce jour, n'en déplaisent aux intégristes de l'expérimentation qui pourront toujours s'adonner à Black Dice. Et même s'il n'atteint pas les sommets hallucinés de l'inaugural Spirit They're Gone, Spirit They've Vanished (la faute aux psychés et poussifs Flesh Canoe et Daffy Duck), Feels prouve encore une fois qu'Animal Collective est l'une des rares formations actuelles capables de défricher et d'ouvrir des voies nouvelles, sans pour autant sombrer dans le grand n'importe quoi (à l'image de leur protégé Ariel Pink). C'est chouette d'entendre ces gosses-là s'amuser à des jeux dont ils semblent être les seuls, avec The Flaming Lips, Fog et quelques autres, à en connaître les règles. Espérons simplement qu'on ne leur confisquera jamais leurs jouets, ni leur innocence.
Jean-Francois Le Puil
MAGIC RPM  #94

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