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Que diriez-vous d'une petite heure d'apesanteur béate ? Par les temps qui courent, admettez qu'il serait inconvenant et malvenu de décliner telle proposition, d'autant plus qu'elle nous est faite par Amiina, un ensemble de quatre jeunes et jolies Islandaises, amies depuis le conservatoire ayant passé les deux dernières années sur les routes avec Sigur Rós en qualité de section de cordes. S'attachant à dépeindre un nouveau paysage sonore plutôt que de paraphraser d'autres illustres compatriotes, ce groupe féminin s'est posé pour “mitonner” (sic) un premier album délicat, vaporeux et personnel jusqu'au bout des ongles. Kurr voit ces demoiselles transposer à notre siècle le concept même du quatuor à cordes de musique ancienne, ainsi que les indissociables notions de sérénité et de recueillement qui l'accompagnent. Diaphanes, translucides et exquisement ouvragées, leurs douces mélodies suivent un tissu de veinures, conduisant des doses homéopathiques d'électronique à la rencontre d'angéliques carillons de verres de cristal (Sogg, Glámur, Boga), ou de la résonance touchante d'une scie musicale (Rugla). Leur assimilation de la musique asiatique classique à leur propre mouture est un modèle d'intelligence et de perfection (Seoul). En n'oubliant pas d'incorporer des doses infinitésimales de folklore local (Lúpína, Sexfaldur, Lóri), elles nous rappellent aussi que si leur île natale est bien une terre de légendes séculaires, habitée de créatures chimériques et d'elfes, elle est également celle d'un peuple de hardis pêcheurs dont la langue fait comme par enchantement, la musique que produit l'eau d'un torrent quand elle roule et sinue entre les galets et les pierres. Enchantés, nous sommes.

Marc Gourdon
MAGIC RPM  #112

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