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Les personnalités de 2013 - Portrait Stevie Nicks de Fleetwood Mac

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Dans notre hors-série 365 Chroniques 2013, nous avions élu Stevie Nicks parmi nos personnalités de l'année à la faveur de la réhabilitation totale de Fleetwood Mac dans le Landerneau pop moderne pendant les mois qui précédèrent. Eh bien, la chanteuse sortira au mois d'octobre 2014, 24 Karat Gold — Songs From The Vault, une collection qui la voit enregistrer dans des conditions décentes et des versions actuelles une nuée de raretés et autres démos qui naviguaient jusque-là seulement sur le ouaibe dans des moutures archaïques. Comme Lady ou The Dealer par exemple.



Dans un fameux épisode de la cinquième saison de South Park sobrement intitulé Oussama Ben Laden Pue Du Cul (2001), les soldats américains sont envoyés au beau milieu des montagnes afghanes pour libérer Stevie Nicks, supposément enlevée par les talibans, et célèbrent ensuite le succès de leur mission autour d’un concert privé de Fleetwood Mac sans s’apercevoir à aucun moment qu’ils ont rapatrié une chèvre en lieu et place de la chanteuse. Une confusion qui résume finalement assez bien la réputation déplorable et les railleries dont étaient accablées la formation anglo-californienne (en général) et Stevie Nicks (en particulier) pendant leur très long séjour au purgatoire musical. Pour des générations entières biberonnées aux sources de la new-wave, du grunge et de l’indie rock, le quintette né en 1975 de la fusion désespérée entre le duo Buckingham-Nicks et les trois derniers survivants du combo anglais blues rock des origines a incarné tout ce qu’il était convenu d’honnir au nom des sacro-saints principes de la révolution punk : le son policé des studios hors de prix, les boursouflures nombrilistes d’ego complaisamment gonflés à la coke, les mois – trente-et-un au total ! – confortablement passés au sommet des charts et même la participation aux campagnes présidentielles bien huilées du candidat Clinton.

Pourtant, en l’espace de quelques dizaines de mois à peine, celle qui symbolisait il y a peu les travers les plus ringards du rock à papa s’est à nouveau métamorphosée en référence incontournable de chanteurs et de groupes qui, le temps aidant, sont enfin parvenus à faire abstraction des clichés superficiels – la sorcellerie, la dentelle, les tambourins et le nez dans la poudreuse – pour mieux se laisser séduire par les talents d’auteur et d’interprète d’une artiste bien plus audacieuse et originale que le vernis pop ne le laissait penser. Le vent avait déjà commencé à tourner au début de la décennie, alors que Beach House et Fleet Foxes revendiquaient ouvertement l’influence majeure de la grande prêtresse du rock middle of the road, et surtout fin 2012 avec la sortie d’un tribute, Just Tell Me That You Want Me, où la présence étonnante de plusieurs figures phares de la pop indie – MGMT, Tame Impala, Washed Out, Best Coast – venait confirmer la réhabilitation en cours. Mais c’est bien en cette année 2013 que ce processus a atteint son point culminant. Davantage qu’une nouvelle tournée (interrompue à l’automne, le bassiste John McVie devant soigner un cancer tout juste diagnostiqué) ou que la sortie d’un Extended Play contenant une poignée de nouveaux titres plutôt honorables, c’est bien la réédition du monumental Rumours (1977) qui a constitué en 2013 le véritable motif d’enthousiasme. Sanctionné d’une note parfaite de 10 sur le site ultra branché et prescripteur Pitchfork, l’un des albums les plus vendus de tous les temps a fini par retrouver toute son intensité originelle pour livrer une dose plus que copieuse d’émotions et de tourments amoureux à ses nouveaux convertis.

Alors que Stevie Nicks livrait au même moment quelques-uns de ses secrets de fabrication dans le documentaire Sound City (2013) de Dave Grohl consacré au studio de Los Angeles où furent enregistrés ses fameuses compositions Gold Dust Woman ou Rhiannon, son rayonnement artistique, plus éclatant que jamais, semble encore s’être étendu. Sans la moindre vergogne, Kurt Vile se permet ainsi de déclarer publiquement que son album Wakin On A Pretty Daze (2013) ne serait rien sans Tusk (1979) de Fleetwood Mac, ce triple LP surestimé qui ne tient que par la grâce des chansons composées par Nicks. Dans un autre style – une pop à la fois très soignée et pleine de caractère –, les sœurs Haim proclament elles aussi leur amour pour celle qui leur a servi de modèle alors qu’elles faisaient leurs premières armes en reprenant sur scène ses chansons. Quant à Haerts, nouveaux espoirs transcontinentaux récemment signés chez Columbia, leur premier EP Hemiplegia (2013) s’appuie de manière plus qu’explicite sur les bonnes vieilles recettes de celle qui pourrait bien être leur grand-mère. Des hommages qui parachèvent donc l’un des renversements de tendance le plus radical de l’histoire. En attendant la révision du procès Eagles pour 2014 ?
Matthieu Grunfeld

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