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Les détours plus ou moins aléatoires et intermittents de l’inspiration aboutissent parfois à des collisions temporelles que l’on croirait presque intentionnellement engendrées par la volonté taquine d’un Dieu du rock omnipotent. C’est ainsi à quelques mois d’intervalle à peine que les deux plus fameux fleurons du label Creation cuvée 1991, My Bloody Valentine et Primal Scream, mettent un terme à de longues années de silence discographique pour tenter tant bien que mal de donner une digne suite à leurs exploits passés. Heureusement, Bobby Gillespie a séjourné bien moins longtemps dans le congélateur que son ancien guitariste de scène Kevin Shields. C’est sans doute pourquoi, il faut s’en féliciter, More Light n’est pas l’équivalent pour Screamadelica (1991) de ce que mbv (2013) est à Loveless (1991). À savoir un simple prolongement plus ou moins relifté à coup de technologies contemporaines des recettes éprouvées il y a plus de vingt ans. Plus ambitieux que nostalgique, Gillespie s’est sciemment efforcé de gommer ici toutes les références trop évidentes des récentes tournées commémoratives et d’ancrer une fois de plus ce dixième album, le premier depuis cinq ans, dans sa propre vision chaotique et parfois boursouflée de la modernité.

Il faut, en effet, une sacrée dose d’ego, de culot et même quasiment d’inconscience pour entamer ces débats par un morceau long de neuf minutes, 2013, épopée situationniste inouïe dont le titre résonne en écho à 1970 de The Stooges et qui tente de capturer tant bien que mal l’esprit d’une époque en rassemblant les fragments épars d’une fanfare à la Sun Ra, des guitares du Velvet et de slogans piqués sans vergogne à Do The Strand de Roxy Music. Une fois digérée cette première pièce de résistance, l’ancien batteur de The Jesus And Mary Chain peut se permettre quelques brefs instants de repos sur des terrains plus familiers et déjà balisés : le groove poisseux et inquiétant de Culturecide, les élans euphorisants et les ruptures de rythme psychédéliques d’Hit Void ou le cocktail soul rock d’Invisible City ne déconcerteront pas les habitués de la grande maison écossaise. Entouré d’une pléiade d’invités de prestige (Robert Plant, Davey Henderson mais aussi Jason Falkner) et épaulé pour le travail de production par David Holmes, il n’hésite pourtant pas à explorer de nouvelles pistes audacieuses, se risquant même aux confins du folk et du free jazz (River Of Pain, Tenement Kid). Aujourd’hui comme hier, on préfèrera suivre Primal Scream dans des aventures qui l’ont parfois conduit au-delà des limites de la prétention et du bon goût plutôt que de s’abandonner au confort molletonné du nombrilisme noisy. La lumière est au bout de ce seul chemin.





Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #172

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