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Qu’il ait fallu à Manuel Bienvenu plusieurs années de labeur persévérant et le recours à un financement participatif pour mener à son terme la gestation de ce troisième album solo en une décennie en dit sans doute tout aussi long sur le délabrement et la surdité des entreprises musicales d’ici que sur sa volonté passionnée pour ne rien concéder d’essentiel aux pressions extérieures infondées. Bien lui en a pris puisque l’on découvre avec ravissement en Amanuma son œuvre à la fois la plus ambitieuse et la plus immédiatement séduisante. En neuf compositions originales et deux reprises de premier choix (North Marine Drive de Ben Watt pour la filiation pop et Seventeen de Michael Mantler, compositeur et trompettiste de jazz, comme pour mieux asseoir son œuvre en équilibre entre ses deux univers de prédilection), Manuel Bienvenu parvient à donner vie et sens à un univers musical personnel, où les chansons souvent magnifiques respirent en toute liberté.

Un monde où les claviers jazzy et sophistiqués procurent comme chez Steely Dan une impression trompeuse de confort pour suivre ensuite les progressions mélodiques dans leurs dédales déroutants, où les mélodies se plaisent à emprunter des chemins de traverse qui louvoient parfois du côté de Canterbury et de son école de pataphysique musicale. Poly-instrumentiste accompli, il a su également s’entourer de collaborateurs amicaux parmi lesquels on croise la fine fleur hexagonale – Jean-Michel Pires à la batterie et Benoît Burello (Bed) entre autres. Ces musiciens apportent leurs contributions respectives à des arrangements acoustiques d’une grande sophistication (cordes sur Landscape, saxophone, clarinette basse et vibraphone pour Summers In Submarines). En amoureux des sonorités vintage, Manuel Bienvenu a résolument privilégié une prise de son chaleureuse où aucun artifice ne vient dénaturer la voix de chaque instrument, dans un ordonnancement presque naturaliste ou chaque corde, frappée ou pincée mais toujours sensible, résonne jusqu’au bout de chaque note. Pour autant, ce soin méticuleux du détail ne perturbe jamais l’architecture d’ensemble de ce beau monument d’orfèvrerie sonore. Un trésor d’album dont les écoutes répétées n’épuisent pas les richesses.





Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #189

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