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Presque Célèbre - 30/10/14 de Forever Pavot

interviews


En 1973, le jury du Festival de Cannes décernait un prix spécial au réalisateur René Laloux pour son étrange film d’animation, La Planète Sauvage. Passée peu à peu dans l’oubli, cette allégorie futuriste et poétique sur l’homme continue malgré tout de marquer les nouvelles générations. À l’image d’Émile Sornin qui, quarante ans plus tard, cite ce film, et notamment sa musique culte signée Alain Goraguer, comme une référence capitale. “L’osmose entre les images et le son y est idéale”, nous précise-t-il. “Cette bande originale me hante depuis plusieurs années, comme beaucoup d’autres d’ailleurs. Je pense en particulier aux travaux d’Ennio Morricone et ceux de toute la library music italienne avec Alessandro Alessandroni ou Bruno Nicolai. La collaboration entre Jean-Claude Vannier et Serge Gainsbourg aussi, sans oublier François de Roubaix, Michel Colombier, etc.

Avec mon projet Forever Pavot, j’essaie d’emmener le savoir-faire du thème musical dans la pop, et notamment dans la sunshine pop.”
Vidéaste dans le civil (il a notamment réalisé des clips pour Alt-J ou Disclosure), Émile Sornin imagine Forever Pavot comme un espace d’expression où il est le seul maître à bord. “J’ai commencé à avoir des idées précises à l’époque de mon précédent groupe, Arun Tazieff. J’ai compris que je ne pourrais pas les réaliser au sein d’une formation alors je me suis lancé en solitaire. Contrairement à mes vidéos où je fais dans le burlesque, l’absurde, ma musique est très premier degré. Je suis intransigeant, c’est pourquoi je dois être seul.” En 2012, il sort en catimini un premier 45 tours (ensuite réédité par le label rochelais Frantic City), suivi cette année de deux autres singles, Miguel El Salam (The Sound Of Salvation Records) et tout récemment Le Passeur D’Armes (Croque Macadam). On y découvre des morceaux aux mélodies fantasmagoriques, où des claviers à la chaleur analogique construisent des thèmes tantôt épiques, tantôt extasiés. Entre collages sonores et songwriting à l’ancienne, Émile a décidé de ne pas choisir.

“Avant, j’étais passionné par le sampling dans le hip hop, je recherchais assidument les thèmes utilisés par MF Doom ou Madlib. De fil en aiguille, je me suis intéressé à la musique de film. Par ailleurs, au lycée, je jouais dans un groupe de hardcore. J’en ai gardé cette attirance pour les structures non conventionnelles, les syncopes, qui dans le hardcore ou le metal extrême peuvent être proches de ce qui se fait dans le rock progressif. D’un autre côté, je compose parfois de façon traditionnelle, à la Beach Boys, avec un clavier et une structure couplet-pont-refrain.” Si on est tenté d’associer Forever Pavot aux nouveaux artisans de la pop psychédélique tels que Jacco Gardner, on comprend rapidement qu’il est en fait un cas à part et que sa musique regorge d’arcanes mystérieux. D’ailleurs, si l’on tente de savoir de qui il se sent proche actuellement, il cite Aquaserge, la formation la plus atypique de l’Hexagone. “Ce sont des amis, j’enregistre parfois dans leur studio à Toulouse. Leur démarche, leur musique, tout me fascine chez eux. C’est une honte qu’ils soient si peu reconnus en France.”

Et quand on lui demande s’il se sent impliqué dans le renouveau psychédélique actuel, il grince des dents : “J’adore la musique psychédélique, mais on l’enferme dans un certain type de rock, façon Tame Impala ou The Black Angels. C’est tellement plus large. Aujourd’hui, des musiciens de metal ou de garage rock mettent en avant le mot « psych » car c’est vendeur, je trouve ça ridicule. C’est d’ailleurs le mot-clé à la mode chez les collectionneurs de disques sur eBay.” Les modes, Émile Sornin s’en moque bien. Droit dans ses bottes et sûr de ses idées, il garde Forever Pavot comme un laboratoire. “Peut-être que dans quelques années, je ferai de la chanson française ou du reggae”, poursuit-il. “Je n’ai aucun plan de carrière.” Une force de caractère qui a tapé dans l’œil d’un label tout aussi charismatique, Born Bad Records, chez qui il sort son premier album Rhapsode. “Le patron, JB Wizz, me tourne autour depuis le début. C’est quelqu’un d’honnête et franc, il faut qu’humainement ça marche pour qu’il te signe. Il croit en moi, ça me rend très fier.”

Boris Cuisinier
MAGIC RPM  #185

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